vendredi 17 mars 2017

Les crises Ivoiriennes : la voie divine

Il y a quelques jours, je méditais sur le sort de la Côte d'Ivoire : comment en est-on arrivé là où nous sommes ? Après un bon moment de médiation, il m'a semblé qu'il existe une force invisible, très forte, irrésistible et je dirais même mystique; oui l y assurément une dimension divine dans la folle course de la Côte d'Ivoire vers son destin. En 1989, alors que la plupart des analystes politiques pensent que le régime du parti unique PDCI-RDA est proche de sa fin, une "voix divine" pousse le président d'Houphouet-Boigny à faire appel à une personne à laquelle personne ne pensait : le gouverneur de la BCEAO qui est appelé en urgence pour éteindre les braises et permettre au prince héritier de s'asseoir sur le fauteuil royal en temps opportun. C'est le début de la mise en œuvre de l’œuvre divine pour la Côte d'Ivoire avec en trame, le destin d'un homme. Cette voie divine devient le point commun à toute la tragédie de la Côte d'Ivoire. Tous ceux qui veulent le pouvoir sont hypnotisés, pétrifiés par cette force de la voie divine : ils ne voient plus rien, ils ne raisonnent plus ; ils deviennent comme cet individu, qui au détour d'un chemin, fait face à un animal féroce ; il ne peut avancer, ni reculer ; tout son esprit est tourné vers l'animal dont dépend sa survie. Premier décor

Quand le prince héritier, arrive au pouvoir, il est pris dans la tourmente, enivré par la force "mystérieuse" qui le pousse comme une tempête, à détruire son propre régime. Quand il pense avoir encerclé la "force mystérieuse", il est incapable de voir "les jeunes gens" qui, comme un tourbillon, arrache le toit de la maison, mettant la nudité du prince au grand jour. Tout ce qui lui restait, c'était la fuite, pour cacher la nudité du regard des sujets.

Deuxième décor

Le Général, le diplômé de Saint-Cyr, arrive à la rescousse ; il est pris dans le tourbillon de la même "force mystérieuse". Alors que toutes les portes de la gloire lui sont offertes, il est lui aussi hypnotisé et perd le sens de la raison. Il signe un pacte du diable avec ses ennemis qui font tout pour qu'il se sépare de ceux qui assurent sa sécurité. Sans défense, et comprenant trop tard au moment où ceux qui l'ont convaincu d'être ses protecteurs enfonçaient sa dernière défense, il est balayé rapidement. Ce qu'il convient de noter ici, c'est que comme le prince, le général, emporté par la "force mystérieuse", n'a pu peut identifier ses vrais ennemis qu'après sa chute.

Troisième décor

L'intellectuel, l'historien arrache par des manœuvres "calamiteuses" le pouvoir ; encore une fois, le destin joue encore sa partition. La même tragédie qui a emporté les deux précédents régimes resurgit. Comme dans un film ou une pièce de théâtre, l'acteur joue sa partition ; le même aveuglement, le même entêtement, les mêmes erreurs ; comme si l'historien était incapable de lire l'histoire. Ici encore, l'acteur ne peut lire les réalités, il n'est pas maître de son propre destin ; il est emporté par une violente tempête. Que retenir ? Tout ce qui s'est passé n'est au final, que la résultante de ce qui est au-delà de nous, de nos forces, nos plans. Ce ne sont ni les errements de ceux qui ont accédé au pouvoir, ni la puissance de celui qu'ils considéraient comme leur ennemi : chacun jouait simplement sa participation comme une pièce de théâtre. Autant il est possible de relever les erreurs des tenants du pouvoir, autant il est facile de relever les faiblesses de leur adversaire.

Juste une analyse pour expliquer comment cette force a aveuglé, inhibé la raison et guide les acteurs à leur propre perte. L'élection présidentielle de 2010, que ce serait-il-passé si les refondateurs n'avaient pas perdu leur sens de la raison ? Prenons le scénario suivant : Après le 1er tour, les refondateurs, élèvent des vives protestations sur le vote dans les zones CNO, contrôlées par les forces rebelles. Après le deuxième tour, ils récidivent tout en laissant la commission électorale opérer normalement. Ses représentants dénoncent les insuffisances de la commission centrale de la CEI. Le candidat LMP dépose des réclamations auprès du Conseil Constitutionnel selon les procédures de la loi. le Conseil Constitutionnel fait un travail selon les règles avant de proclamer les résultats. Elle reconnaît les requêtes du candidat LMP et annule les résultats dans les circonscriptions qu'elle aura choisies. Conformément à l'article 64 du code électoral, "Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection".

Dans ce scénario, la loi est respectée et la communauté internationale aurait été dans l'embarras. Mais le destin étant tracé, cette approche n'a effleuré aucun esprit. Ce qui devait arrivé, arriva et personne n'y pouvait rien. C'est ma conclusion. Alassane est là par la volonté de Dieu car tout a été fait pour l'en empêcher. Ce ne sont point ses actions qui lui ont permit d'être là, c'est son destin.

mercredi 9 novembre 2016

Le problème des woros-woros et des gbagas à Abidjan


Les woro-woros et les gbakas sont le moyen de locomotion le plus utilisé à Abidjan ; et malheureusement, partout où ils sont, c’est le cafouillage, l’indiscipline et parfois l’insécurité. Le plus souvent, ils utilisent des gares improvisées, parfois au milieu de la voie de circulation. Les autorités communales ont la manie de prendre fréquemment des arrêtés qui, pour leur interdire des zones transformées en gare, qui leur interdisant tout simplement un accès partiel ou total à leur commune.

En vérité, aucun signe n’indique que les autorités chargées du transport tentent de résoudre le véritable problème que constitue le transport public à Abidjan. La SOTRA est incapable d’assurer un service minimum ; quant aux gbakas et woro-woro, ils s’apparentent à un mal nécessaire et tous ceux qui s’y approchent le font juste pour leur gain immédiat : les mairies pour les taxes de stationnement (quand bien même elles n’ont jamais aménagé ou organisé des places à cet effet) ; les « corps habillés » (policiers, gendarmes, FRCI) pour leurs rackets ; les « syndicats de transporteurs » pour leurs tickets. Pendant ce temps, les chauffeurs et les utilisateurs doivent se battre les premiers pour pourvoir leurs services et les seconds pour assurer leurs déplacements.

Rien ne sert de toujours chercher à interdire ; tant qu’il y aura des individus en quête d’un moyen de déplacement et prêt à payer le prix, des personnes à la recherche de leur pitance et capable d’offrir ce service, ce moyen de transport en commun vivra même s’il est source de beaucoup d’inconvenance. Il est bon que les autorités aient une approche plus tournée vers la recherche de solutions adéquates et convenantes à la question fondamentale des déplacements des populations et y apporter les solutions idoines avec les moyens possibles du moment même s’ils ne sont pas l’idéal.

vendredi 14 octobre 2016

Analyse des 47 premiers articles relatifs aux droits et aux libertés

La nouvelle constitution, puisqu'il convient de l'appeler ainsi, est l'oeuvre d'éminents juristes ; certains des articles ressemblent plus à l'oeuvre d'activistes des droits de l'homme que le travail de constitutionalistes. Les 47 premiers articles du CHAPITRE PREMIER : DES DROITS ET DES LIBERTES en est la parfaite illustration. Un verbiage creux, symbole des adeptes de rhétorique inutile. Le contenu de ces 47 articles auraient très aisément pu se retrouver dans une quinzaine d'articles plus simples.

Article 2
La personne humaine est sacrée.
Les droits de la personne humaine sont inviolables.
Tout individu a droit à la dignité humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique.

Article 3
Le droit à la vie est inviolable.
Nul n’a le droit d’ôter la vie à autrui.
La peine de mort est abolie.

Que veulent dire au plan juridique toutes ces belles phrases ; La personne humaine est sacrée ? Les droits de la personne sont inviolables ? Quels droits ? Le droit de se marier, d'insulter, de tuer, d'être éduqué ? Je ne sais pas de quoi cet alinéa parle. De même, c'est quoi la dignité humaine ? Quand pardonner est indigne chez certains et voler est un acte de bravoure et de dignité chez d'autres ?
Le pire, c'est l'alinéa 1 de l'article 3, qui dans un pays ou la justice est juste et équitable ouvrirait des procès à ne pas finir. Le droit à la vie est inviolable ; point. Quid du policier qui tue un bandit ? Quid d'un citoyen qui se défend face à quelqu'un qui veut porter atteinte à sa vie ? Etc.
C'est incroyable que des juristes pondent un tel article sans toute autre considération. Ailleurs, on aurait ajouter quelque chose du genre "sauf dans les cas prévus par la loi". Quelle différence entre l'alinéa 3 et 2 du même article ?

Article 9
Toute personne a droit à l’éducation et à la formation professionnelle.
Toute personne a également droit à un accès aux services de santé.

Article 10
L'école est obligatoire pour les enfants des deux sexes, dans les conditions déterminées par la loi.
L'Etat et les collectivités publiques assurent l’éducation des enfants. Ils créent les conditions favorables à cette éducation.
L'Etat assure la promotion et le développement de l'enseignement public général, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle ainsi que l’expansion de toutes les filières, selon les normes internationales de qualité et en rapport avec les besoins du marché du travail.
Les institutions, le secteur privé laïc et les communautés religieuses peuvent également concourir à l’éducation des enfants, dans les conditions déterminées par la loi.

Avait-on besoin d'autant de charabias pour dire simplement que le droit à l'éducation est un devoir de l’État. On aurait pu faire l'économie d'une phraséologie qui ne peut qu'être confligène. Certaines choses relèvent du domaine de la loi et la constitution ne devrait qu'énoncer leurs principes généraux.

Article 14
Toute personne a le droit de choisir librement sa profession ou son emploi.
L'accès aux emplois publics ou privés est égal pour tous, en fonction des qualités et des compétences. Est interdite toute discrimination dans l'accès aux emplois ou dans leur exercice, fondée sur le sexe, l’ethnie ou les opinions politiques, religieuses ou philosophiques.

Quelle est l'utilité de l'alinéa 2 quand l'article 14 énonce l'égalité de tous et interdit toute discrimination. Il serait plus opportun dans le code du travail (ou toute autre loi) qui traite l'accès à la fonction publique

Article 19
La liberté de pensée et la liberté d'expression, notamment la liberté de conscience, d'opinion philosophique et de conviction religieuse ou de culte, sont garanties à tous. Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement ses idées.
Ces libertés s’exercent sous la réserve du respect de la loi, des droits d'autrui, de la sécurité nationale et de l'ordre public.
Toute propagande ayant pour but ou pour effet de faire prévaloir un groupe social sur un autre, ou d'encourager la haine raciale, tribale ou religieuse, est interdite.

L'alinéa 3, dans sa formulation pose problème : "faire prévaloir un groupe social sur un autre" . Que font les partis politiques ? Rien que ça, faire prévaloir les intérêts d'un groupe social sur les autres.

Article 27
Le droit à un environnement sain est reconnu à tous sur l’ensemble du territoire national.
Le transit, l’importation ou le stockage illégal et le déversement de déchets toxiques sur le territoire national constituent des crimes.


L'alinéa 2 est ce qu'on peut appeler "la cécité intellectuelle" des auteurs. Parce qu'un événement spécifique a eu lieu, on met dans la constitution un article spécifique, qui en plus n'ajoute rien ni à la clarté, ni à son essence. Un tel article dans le code de l'environnement ou tout texte de loi qui réglemente l'environnement serait plus approprié.

C'est mon point de vue

Ma première réaction au projet de constitution : pas si moderne


Je viens de lire quelques extraits du projet de la nouvelle constitution. J'avoue que je suis très gêné car j'ai de l'admiration pour le président Ouattara. Mais là ! Ça en fait un peu trop pour moi.

Dans le fond : vice-présidence, primature, conseil économique et social, grand médiateur, sénat... ouf ! je m'arrête avant de perdre mon souffle. Je ne suis pas sûr qu'on puisse me convaincre que c'est une constitution plus moderne. Je ne vois vraiment pas les avancées à part la restructuration des conditions d’éligibilité à la présidence. Une trop lourde constitution laisse peu de place à la législation et trop souvent empêche sa stricte application.

Dans la forme : un débat intense pour voter oui ou non un texte que presque personne n'a vu ni lu. Le projet initial soumis à la commission des experts aurait dû être diffusé pour recevoir les avis et critiques que les experts auraient pu intégrer dans leur rédaction. La version remise au gouvernement et qui sera soumise au parlement pour adoption devrait être largement diffusée pour donner le temps au député d'aller consulter leurs mandataires et recueillir leurs avis, ainsi leur vote aurait plus de légitimité.

J'aurais probablement applaudi l'usage de la dictature éclairée si le contenu reflétait véritablement une avancée. Que nenni ! Mon dilemme : quand on dit non, les irresponsables de l'opposition, incapables de regarder au-delà du bout de leur nez, diront que je vomis le régime. Je n'approuve pas ce projet de nouvelle constitution, cela ne veut pas dire que je partage l'avis de ceux qui décrivent une Côte d'Ivoire qui existe seulement dans leur rêve, une Côte d'Ivoire agonisante. Daouda et N'guess Bon sen......aide-moi que choisir, lequel des deux camps doit recevoir mon adhésion.

Fraternellement à tous mes compatriotes

La vision d'Alassane : la nouvelle constitution

Les jeux sont faits ; la voie est tracée et grandement ouverte. Mes prédictions :

Probablement la deuxième semaine de novembre, Daniel Kablan Duncan deviendra le premier vice-président de la Côte d'Ivoire ; il sera remplacé à son poste par Amadou Gon Coulibaly et Thierry Tanoh occupera le poste de secrétaire général de la présidence.
En 2020, Duncan, du PDCI, accepté par Bédié, sera le candidat de l'alternance sur le même ticket que Gon, qui deviendra l'homme fort du régime (probablement plus que son patron). Ici la justification de la suppression de la limite d'âge. Ce scénario donne une visibilité de 10 à 15 ans au régime RHDP à moins que…

Cette analyse m'amène à trouver une logique à la méthode d'ADO : stabilité et paix pour dérouler son programme de développement économique sur un temps assez long comme l'avait fait le président Houphouet-Boigny ; analyse que je résume en une phrase : ADO fait de l'Houphouetisme modernisé et actualisé aux réalités d'aujourd'hui.
L'Houphouetisme, je le décline en 2 mouvements concomitants et complémentaires :

  1. Limitation de son territoire de 1959 aux années 1966
  2. Politique de la carotte et du bâton avec la distribution des "arachides" aux grilleurs et le harcèlement des insoumis et des insatisfaits

1er mouvement :

De 1959 à 1963, signal fort à tous les opposants et partisans qui affichent des signes d'indépendance et donc constitue une potentielle menace; arrestations et incarcérations massives. Les grosses têtes tombent les unes après les autres (Biaka Boda, JB. Mockey, Dr Koné Mamadou, Gris Camille, Alloh Jerome, etc) ; au total 96 personnes sont arrêtées uniquement en 1963 après les premières vagues de 1959 à 1961. Résultat : silence radio.
Après la tempête, le calme : libération de tous les prisonniers en 1967 ; le message est bien saisi aussi bien par les partisans que les opposants, c'était l'objectif.

2è mouvement

Promotion à des postes de responsabilité de tous les jeunes cadres dans l'administration publique et para-publique avec la création de plusieurs Etablissements Publics Nationaux (EPN) et de très nombreuses Sociétés d’État dans les secteurs économiques.

Multiplication de la participation de l’État dans les entreprises privées, ce qui donne un levier à l’État pour la promotion des barons du pouvoir sous la couverture d'Ivoirisation des postes (ex : Joseph Aka Angui DG de Blohorn, Abou Doumbia, à la SIB, etc Cette politique permet de trouver un point de chute à tous les cadres ; le bonus est qu'il n'y a pas de contrôle ; s'en suit un laisser-aller. Cependant gare à quiconque ose élever un brin de critique. Un audit immédiat et intéressé le ramera gentiment à l'ordre. Trop zélé ou trop ambitieux, le couperet tombe. Lamine Fadiga et Emmanuel Dioulo en savent quelque chose.

Avec ce mélange de la grillade d'arachide et du harcèlement, Houphouet a régné 33 ans (en réalité un peu plus) et a pu réaliser grâce à cette paix et la stabilité qu'elle a engendrée la Côte d'Ivoire qu'il nous a légué à sa mort : première place économique de l'espace Francophone et même de toute l'Afrique de l'Ouest, une société divisée, qui débouche sur la guerre civile.

L'Allassanisme, vise le même but : stabilité et paix dans la durée

A chaque époque sa méthode ; ADO, le premier ministre technocrate sait le prix qu'il a payé pour s'être attaqué à la méthode Houphouet. Revenu au pouvoir, il choisit sa voie : ménager ceux qui peuvent créer un obstacle à sa vision ; manœuvre en 2 mouvements (comme Houphouet)

D'un :
• Création d'une force politique en unissant les forces : le RHDP servira à cette fin. Il y a un parti unifié (le parti unique, c'est caduc) ; quand 2 des trois centres géo-politiques se mettent ensemble en Cote d'Ivoire, ils sont sûrs de rester longtemps au pouvoir.
• Neutralisation des opposants (ceux dont la gouvernance a ruiné le pays : Gbagbo à la Haye, les autres sous étroite surveillance ); ; encore sous le choc, ils ne peuvent mobiliser car très peu de personnes sont à leur écoute ; leur incompétence notoire et leur immaturité politique a facilité la fragilisation de leurs partis politiques avec des fractures internes encouragées, si elles ne sont pas commanditées.
De deux :
• Organiser un laisser faire balisé ; ancien de la BCEAO et du FMI, ADO connaît et maîtrise les arènes des finances internationales : pas de structures étatiques budgétivores et inefficaces, mise en place de procédures internes rendant difficiles de puiser directement dans les caisses de l’État ou de faire des sur-facturations aberrantes, ce qui rassure les partenaires au développement. Celui qui veut participer à la grillade d'arachide doit se construire un champ : les société écran. L'usage des marchés de gré à gré, les pots de vin pour accéder au marché public, les ristournes, etc ; c'est la nouvelle méthode. Tout le pouvoir est aux affaires.

Pour que la méthode tienne, il faut trouver les moyens de satisfaire beaucoup de monde. La solution : multiplier les institutions avec en clé des postes à pourvoir : une vice-présidence et un sénat avec des sénateurs et des haut-fonctionnaires aux postes administratifs. (La vice-présidence vise d'abord et avant tout à piéger les ambitieux dont on doute de leurs intentions).

La plus grande critique de ces nombreuses institutions est le coût financier. J'imagine les charges du sénat et de la vice-présidence entre 10 et 15 milliards par an (c'est juste mon estimation, non basée sur aucun élément). En 5 ans, il coûtera aux contribuables entre 50 et 75 milliards de nos francs.

Je pense que pour ADO qui a fait toute sa carrière à des postes où il a eu recourt aux indicateurs macro-économiques, le calcul est simple : le Plan National de Développement 2015 – 2020 prévoit 30 mille milliards d'investissement (dont 40 % par l’État). Que valent 75 milliards (soit 0.625 % sur la base 12 000 milliards d'investissement de l’État) si cela lui permet de se payer la paix et la stabilité !

C'est le propre de ceux qui regardent par le haut et par les chiffres. Nous pouvons vociférer, crier, il avancera, sauf cas d'imprévu. C'est ma compréhension, ce n'est pas ma vision. A chacun d'en faire la sienne.

jeudi 24 décembre 2015

L'Ivoirien nouveau doit d'abord naitre en chacun de nous

Depuis l’annonce du président Alassane Ouattara pour un « Ivoirien Nouveau » lors de la campagne électorale, les commentaires fusent de toute part ; aussi bien dans les salons feutrés que sur les places publiques, sur les médias sociaux, les journaux écrits et sur les radios et les chaines de télévision. Le site web « www.abidjan.net » y a même dédié sa rubrique « Focus » invitant « chaque babinaute à donner son opinion afin de dresser ensemble le portrait-robot de l’Ivoirien nouveau ». Cet appel est devenu le nouveau slogan de la classe politique du RHDP dont les membres s’évertuent à le répéter dans tous leurs discours. L’Ivoirien nouveau est décrit dans toutes ses dimensions, sous toutes ses formes. Ces quelques passages des internautes d’Abidjan.net donnent une idée de ce que devrait être ce nouvel ivoirien :
« Ne pas s’adonner aux concours payants, être ponctuel, être dépassionné de politique, être un travailleur, prôner l'égalité du genre., respecter son cadre de vie, avoir l'amour du travail bien fait, adopter le planning familial, respect les symboles de l'État, condamner les coups d’État, être un patriote, ne pas fumer dans les lieux publics, promouvoir la bonne gouvernance, respecter les lois et règlements, être patient et tolérant, respecter de l'environnement, être un bâtisseur, ne pratique pas le cumul de poste, être épris de paix, .prôner la justice et l'équité, être un Homme de parole...être instruit et cultivé, être fidèle, ne pas être corrompu, être former à un métier et éduquer, ne pas être un enfant microbe, être prudent et respecter le code de la route »

Bref, il doit être l’homme parfait. Comment doit-on parvenir à obtenir ce nouvel être ? Là encore de nombreuses idées flottent en l’air. Qui doit agir pour atteindre le résultat ? Presque tout le monde regarde vers une seule direction : le pouvoir exécutif. Il y a cependant un aspect qui n’apparaît presque nul part dans ce foisonnement d’idées : la responsabilité individuelle.

L’individu est le produit de la société dans laquelle il vit et la société est aussi la résultante de la manière de vivre de l’ensemble des individus qui la composent. Il y a une interaction entre l’individu et son environnement. La société est forgée par un ensemble de forces provenant de plusieurs sources, agissant dans plusieurs directions aussi bien convergentes que divergentes. L’Ivoirien d’aujourd’hui n’est, et celui de demain ne sera autre chose que le produit de notre société qui est aussi le reflet de nos cultures. Il en découle que l’Ivoirien nouveau sera le résultat des actions que mène chacune des personnes vivant en Côte d’Ivoire. Si les corrompus sont les plus actifs pour faire émerger cet nouvel Ivoirien, il sera plus corrompu qu’honnête. De même, si ce sont les politiciens qui le forgent, il sera à leur image : en quête d’argent, calculateur, manipulateur. Si ce sont les « serons » qui prédominent, l’Ivoirien nouveau s’occupera d’abord de ses parents, de sa tribu et de sa région sans égards des compétences, des règles économiques et des règles de gestion.

L’Ivoirien nouveau doit émerger dans nos propres consciences individuelles d’abord. Les dirigeants ne sont en réalité que le reflet de leur société. Par conséquent, l’Ivoirien d’aujourd’hui est le plus petit dénominateur commun de la société Ivoirienne. Il est donc un peu chacun de nous. S’il n’y a pas un changement en chacun de nous, personne, y compris le président de la République ne pourra créer cet Ivoirien nouveau, cet Ivoirien « parfait » dont tout le monde parle et souhaite sa naissance.

mercredi 11 novembre 2015

Pour l'avenement d'un Ivoirien nouveau (2è partie)

Pour bien combattre la corruption, il est important de bien comprendre les éléments qui l’alimentent et l’entretiennent. Nous allons tenter de le faire en nous référant à des recherches effectuées par le professeur Eric M. Uslaner, du Département des études politiques et gouvernementales de l’Université du Maryland–College Park, dans l'État du Maryland aux Etats-Unis . Ses travaux ont porté sur différents pays. Il a analysé l’incidence de plusieurs paramètres sur la corruption ; ce qui l’a amené aux conclusions suivantes :

  1. La corruption est un phénomène persistant ;
  2. les changements d’institutions ou de dirigeants ont un très faible impact sur la corruption ;
  3. Il existe une corrélation ente la répartition des richesses et la corruption en d’autres mots, l’inégalité favorise la corruption ;
  4. la confiance dans les institutions et la confiance entre les différentes communautés ont un impact sur la corruption ;
  5. La corruption est plus accentuée dans les pays pauvres ; cependant l’augmentation du produit intérieur brut n’entraîne pas pour autant un recul notable de celle-ci ;
  6. Les institutions fortes ne sont pas l’émanation des reformes constitutionnelles ou institutionnelles, mais sont le reflet de la culture de la société ;
  7. L’état de droit dépend du respect de la loi par les populations et non du nombre ou de la qualité des lois ou du nombre de cours de justice ou de la qualité du corps judiciaire.

Comme on le voit, la corruption est d’abord et avant tout un état d’esprit. Elle est une chaine auto-entretenue. Elle part d’une situation économique et sociale qui génère une culture : la culture de la corruption avec son vocabulaire, ses gestes, ses comportements. Cette culture à son tour inhibe toute les initiatives positives au profit de la communauté nationale et bloque toutes les tentatives de développement. Le manque de progrès économique accentue la pauvreté et les inégalités. Les inégalités augmentent le manque de confiance dans les institutions et envers les dirigeants et pérennisent la mentalité de la corruption. Ainsi la chaîne est bouclée et la corruption continue à tourner. Pour changer le fonctionnement d’un tel système auto-entretenu, il faut casser la chaine à un endroit en y introduisant de nouveaux éléments. C’est ce que les travaux ont essayé de faire ressortir à travers les cas de certains pays qui ont pu endiguer le phénomène. Ces exemples montrent que la Côte d’Ivoire peux en faire de même. Il suffit de le vouloir. Le combat contre la corruption a eu des résultats très positifs à Hong-Kong, Singapour et au Botswana. Par contre, ils l’ont été nettement moins au Mali, au Nigeria et en Roumanie. Les leçons retenues à l’analyse de ces cas se résument en ces points :

  • La lutte contre la corruption est un travail permanent dont le succès ne peut s’obtenir que dans la durée ;
  • Ni le multipartisme, ni les élections ne constituent la clé, si celles-ci ne respectent pas certaines conditions ;
  • La lutte contre la corruption est accomplie par des organisations indépendantes dotées de pouvoirs forts et de moyens appropriés, travaillant dans une transparence totale, gage de la confiance de la population envers elles ;
  • La lutte nécessite la sensibilisation avant la répression et doit se reposer sur des dirigeants modèles.

Quels sont les éléments qui ont permis le succès dans certains pays ? Les autorités politiques de Hong-Kong , suite à plusieurs scandales, sont arrivées à la conclusion que le niveau de corruption dans leur pays était devenu intolérable et ont alors engagé un combat frontal. Elles ont crée un instrument, la « commission indépendante contre la corruption » (Independent Commission Against Corruption) pour conduire la bataille. Ses premières actions ont consisté à lancer une vaste campagne à l’endroit de toutes les couches de la population; à cet effet, elle a élaboré un programme qui a été inclus dans le cursus scolaire, du primaire au supérieur. Dotée de moyens importants, elle est libre d’entreprendre toute enquête et de poursuivre toute personne. Mais la plus importante partie de son travail a été focalisée sur la sensibilisation en mettant dans la conscience collective les effets néfastes de la corruption sur l’économie et de façon plus générale sur les intérêts du pays. Avec la volonté politique qui a soutenu ce travail, il a été ensuite aisé d’obtenir le soutien de la population. Le « Corrupt Practices Investigation Bureau » a Singapour est le bras armé des autorités de ce pays pour la lutte contre la corruption. Hong-Kong et Singapour étaient dans les années 60 parmi les états les plus corrompus au monde. Ils occupent respectivement les 17è et 7è place dans le rapport 2014 de Transparency International.

Pour obtenir un « Ivoirien Nouveau », il est vital et indispensable de hisser la corruption au niveau le plus élevé des priorités en Côte d’ivoire. La corruption n’est pas une fatalité. Elle est le reflet de la culture de notre société et pour la combattre, nous devons travailler sur cette conscience collective. Et cela ne peut advenir qu’avec un travail collectif incluant toute la composante de l’Etat, la société civile et les médias. La Haute autorité pour la Bonne gouvernance mise en place ne peut réussir seule cette mission. Le travail doit s’appuyer sur des hommes et femmes intègres eux-mêmes et véritablement engagés dans un travail qui ressemble à un sacerdoce. Et cela est possible. Oui, il existe bel et bien dans notre pays des hommes et des femmes qui ont encore une conscience aigüe de l’honnêteté et de l’intégrité et qui sont prêts à aider notre pays à sortir du cercle de la misère. Il suffit d’avoir une réelle volonté au sommet de l'État pour les mettre en mouvement.

jeudi 17 septembre 2015

Différence entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo

Gbagbo a accédé au pouvoir dans des conditions calamiteuses, avec des centaines de corps gisant dans les rues. Il avait pour soutien toute la communauté internationale qui se réjouissait du départ de l’armée. La France du premier ministre socialiste Jospin était à ses côtés. Il avait le soutien d’une frange très importante des Ivoiriens qui espéraient la fin de l’anarchie qui prevalait et permettrait l’avènement d’une vraie démocratie en Côte d’Ivoire.

Il avait aussi ses ennemis à commencer par les partisans du général Guéi qu’il venait d’évincer du pouvoir, les militants du RDR qui ont subi le courroux de ses partisans pour avoir osé réclamé dans la rue, l’annulation de l’élection présidentielle et l’organisation d’une nouvelle à laquelle leur candidat Alassane Ouattara pourrait participer.

Il y avait ceux qui observaient : certains des jeunes putschistes qui ont fui les exactions et se sont exilés au Burkina voisin. Ils attendaient des garanties pour retourner dans leur pays. Il y avait les ressortissants des régions du nord de la Côte d’Ivoire qui se sentaient humiliés et exclus avec la politique d’ivoirité et qui attendaient que le nouveau pouvoir tourne définitivement le dos à cette politique. Il y avait la France et plusieurs opérateurs Français qui attendaient la nouvelle politique économique et financière.

Qu’a fait Laurent Gbagbo et son régime ? Ils ont simplement ignoré tout le monde, amis comme ennemis et comme un taureau, ont foncé tout droit dans leur refondation. Ils n’ont pas pu entendre les récriminations des intérêts Français, ni prêter attention aux signaux de Blaise Compaoré ; ils étaient sûrs d’eux, l’armée est aux gardes, les jeunes patriotes sont dans la rue, rien ne peut arriver. N’ayant pas pu prévoir la rébellion, ils n’ont pu la prévenir et ont été incapables de la mater.

Aujourd’hui, le mentor est à la Haye sans ses épouses dont une est quelque part en Côte d’Ivoire et l’autre quelque part dans le monde. Boga Doudou est au cimetière avec des milliers d’autres Ivoiriens et non Ivoiriens ; certains partisans de Gbagbo errent au Ghana, d’autres se tournent les méninges en Côte d’Ivoire pour savoir ce qu’il faut faire. En 10 ans, presqu’aucune réalisation n’a pu être rélisée, un bilan véritablement négatif.

Alassane arrive au pouvoir dans des conditions calamiteuses enfourchant des milliers de corps jonchant les rues d’Abidjan et alentour, de l’Ouest pour ne citer ces zones. Il a des amis et des ennemis. Ses partisans sont euphoriques avec la fin de presque 20 ans de souffrance. La communauté internationale est aux anges, pour une fois le « machin » (ONU) a réussi à imposer sa décision. La France de Sarkozy est aux anges, la paix et la stabilité peuvent revenir en Côte d’Ivoire. La très grande majorité des Ivoiriens sont ravis par la fin d’une situation qui était devenue intenable. Il y avait aussi les ennemis : les miliciens et jeunes patriotes qui pullulaient partout, les militants du parti du président déchu Laurent Gbagbo. Il y avait ceux qui, bien que partie prenante regardaient attentivement le partage du butin : les dozos, les rebelles et tous leurs supplétifs, les partis ayant soutenu sa candidature. Il y avait aussi bien sûr les intérêts économiques et politiques Français

Qu’a fait Alassane ? Il a d’abord identifié les forces et les faiblesses des partisans et des adversaires, évitant de foncer comme une bête enragée. Il s’est occupé à stabiliser les forces de sécurité, donner des gages à ses partenaires, collaborer avec ceux des fonctionnaires qui ont accepté de se mettre à la disposition de l’Etat, éloigner dans des prisons ou des centres de résidence surveillée les  irréductibles qui présentaient un danger pour la paix et la sécurité, surveiller les exilés en relation étroite avec les pays d’accueil. Bref, il a fait sien la célèbre citation du président Houphouët selon laquelle la politique est la saine appréciation des réalités.

Il est toujours au pouvoir et va facilement gagner les élections. Il n’a pas résolu tous les problèmes, mais il a pu remettre la Côte d’Ivoire sur les rails. La Côte d’Ivoire résoudra ses profondes contradictions internes lorsque les institutions seront suffisamment fortes et stables, ce à quoi, j’espère bien, il s’attèlera lors de son deuxième mandat.

Cette présentation met en évidence la qualité de leadership de l’un et de l’autre. Un leader est celui qui peut prévoir, prévenir et faire face à l’imprévu. L’un a foncé tête basse avec ses convictions sans tenir compte des réalités et est rentré dans le mur. L’autre, fait sien de tout son environnement national et international, ce qui lui permet d’avancer prudemment, mais sûrement.

Abahebou Kamagate

samedi 5 septembre 2015

Pour une numériastion des transactions financières

S’il y a une chose qui m’écoeure et que je n’arrive pas à comprendre, c’est le problème de monnaie en Côte d’Ivoire. C’est un casse-tête permanent pour tous les Ivoiriens. Prendre un véhicule de transport en commun, effectuer un achat dans la boutique du quartier, faire ses emplettes dans les grands centres commerciaux, payer son ticket de parking à l’aéroport, c’est toujours la même chanson que l’on entend : pas de monnaie. Le pire, ce sont les banques. Eh oui ! Même les banques n’ont ni les pièces, ni les coupures de moins de 5000fcfa. Dans les cours que j’ai eu en finances, on m’a expliqué que la banque centrale détermine la quantité de billet à mettre en circulation sur la base des besoins de l’économie, les fabrique et les met à la disposition des banques commerciales qui à leur tour les rendent disponible à la population. Est-ce possible qu’il n’y ait pas d’économistes compétents dans la première économie de l’UEMOA pour estimer les besoins en monnaie ? Comment se fait-il que la BCEAO ne puisse pas régler ce phénomène qui persiste depuis si longtemps? A qui profite le manque de monnaie ? Sûrement pas à la population.

Si tant est que cette situation est difficile à résoudre, ne serait-elle pas une opportunité pour tourner résolument vers une solution sans argent physique ou à tout le moins le moins possible? Au fait, pourquoi les autorités financières ne prôneraient-elles pas au plan national et même au sein de l’espace UEMOA, la promotion d’une solution de numérisation des transactions ? Les technologies de l’information et des télécommunications offrent des solutions et sont une aubaine et une opportunité à saisir. En effet, avec les solutions de transactions financières par les téléphones mobiles, sur internet et avec les cartes à puces, il existe toute une panoplie de moyens adaptés aux différents besoins. Pour les opérations de tous les jours, la solution mobile est un moyen très approprié. Le téléphone mobile est présent dans toute la Côte d’Ivoire, des quartiers précaires d’Abidjan aux campements les plus reculés. Cela est un très grand avantage qu’il faut exploiter. Vivement que tous les acteurs du système financier y croient. La monnaie électronique est très possible et requiert simplement une bonne volonté en prenant certaines dispositions et mesures afin qu’elle rentre véritablement dans les meurs.

Le premier obstacle est la méfiance ; pour le lever, il faut créer un environnement de confiance pour rassurer tous les utilisateurs en mettant en place un cadre réglementaire qui garantisse les transactions et offre un moyen de gestion des réclamations et des conflits à l’instar de ce qui existe déjà au niveau des transactions bancaires classiques.
Le deuxième obstacle est l’impossibilité de faire des opérations inter-opérateur. En effet, il est impossible de transférer de l’argent par exemple d’un compte Orange Money vers MTN Mobile Money et vice-versa. Il est indispensable de permettre ce type de transaction.En outre, un usage courant requiert un moyen de traçabilité des transactions, la possibilité d’avoir un relevé, de donner une description à la transaction, ce qui facilitera une meilleure compréhension et surtout leur comptabilisation.

Il est temps, grand temps d’aller vers le 21è siècle, il est temps de sortir de cette situation inconfortable qui fait perdre régulièrement des ventes à des opérateurs économiques et de l’argent à la population (c’est tellement fréquent de laisser à la caisse le change de 25, 50 ou plus faute dit-on de monnaie ; Il m’est arrivé à plusieurs occasions de renoncer à un achat simplement parce que le commerçant dit qu’il n’a pas de monnaie) . La monnaie électronique est à nos portes, tirons-en profit.

Par Abahebou Kamagate
Ingénieur à la retraite
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samedi 29 août 2015

Confusion entre l'Etat et les partis politiques : cas des visites d'Etat en Côte d'Ivoire

Il y a quelques semaines, le président de la République de Côte d’Ivoire effectuait une visite d’Etat dans les régions de l’Agneby-Tiassia (départements d’Agbovile et de Tiassale) et de la Me (départements d’Adzopé, d’Akoupé et d’Alépé). Cette visite a connu un immense succès populaire. Les journaux et analystes proches du Rassemblement des Houphouetistes ont estimé que cette mobilisation massive est la démonstration d’un virage politique des populations de ces régions. Pour eux, c’est un signe de réalignement politique et un démenti formel à l’idée que ces zones soient des bastions du FPI. Loin de moi l’idée de nier cette manière de voir, je voudrais simplement déplorer cette attitude de confondre l’institution et l’individu qui l’incarne, la République et les partis politiques, les intérêts nationaux et les intérêts partisans. Bref, c’est cette incapacité à faire la différence entre le privé et le public qui pose problème.

Le président Alassane Ouattara a effectué une visite financée par l’argent de tous les contribuables. Il n’a pas été reçu ni en tant que président ou candidat du RDR, ni comme président du RHDP, mais en sa qualité de Président de la République, chef de l’Etat. Recevoir le président de la République non seulement c’est honorer l’institution qu’est la présidence, mais aussi et surtout c’est faire preuve de civisme. Il est vrai que l’individu qui incarne la fonction peut susciter un engouement qui soit conforme à sa propre popularité; il faut cependant éviter de tomber dans l’amalgame. Ce d’autant que ce type d’interprétation empêche ceux et celles qui ont un autre point de vue de se comporter en citoyens de peur de se faire accuser de vendus ou de malhonnêtes. C’est ce type d’interprétation qui est une des sources des crises électorales que nous connaissons trop souvent parce que les résultats sortis des urnes sont trop différents de la conclusion tirée par les états-majors à l’occasion de ce genre de visite ou d’activités des représentants de l’Etat. L’ex président Gbagbo, pour avoir cru à ces mêmes scènes d’accueil populaire a été facilement convaincu que les résultats de l’élection présidentielle de 2010 dans les régions du Nord ne pouvaient être crédibles. La suite on la connait.

La République et les populations Ivoiriennes seront mieux servies par les médias et les politiciens en évitant ces lectures pernicieuses, aux conséquences dangereuses pour la cohésion et la paix.

Par Abahebou KAMAGATE
ingénieur à la retraite

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